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VIE DE L’ÉGLISE LOCALE

JOURNÉE D’ÉTUDE ET DE RÉFLEXION EN PRÉPARATION AU 16ÈME CENTE- NAIRE DU CONCILE D’ ÉPHÈSE (431 – 2031)


Abitare con la Madre di Dio
Tra Efeso e Meryem Ana due giornate di incontri con la prof.ssa Francesca Cocchini, per riflettere sul Concilio e sulla vita consacrata

«Comment se fait-il que la mère de mon seigneur vienne jusqu’ à moi ?»
U Lc 1 ,43. ne belle matinée d’automne.
Les rayons du soleil commencent à peine à atteindre l’abside de l’antique basilique Sainte Marie d’Éphèse. Sur le banc en pierre en demi-cercle et les ruines des murs en gradins, un groupe d’une quarantaine de personnes sont réunies autour d’une conférencière qui fait revivre pour eux les grands moments du Concile de 431. Elle s’appelle Francesca Cocchini, elle est théologienne, spécialisée en Histoire du Christianisme et en Patristique. Eux, ce sont des religieux, religieuses, prêtres et laïcs, essentiellement de l’Archidiocèse d’Izmir, accompagnés de leur Archevêque, Mgr Martin Kmetec, OFM Conv. Se sont joints à eux quelques pèlerins britanniques de Manchester et une jeune Américaine.


Le Concile de 431, comme ceux de Nicée, en 325, et de Constantinople, en 381, vient du désir des premiers chrétiens d’approfondir la connaissance de leur foi, «d’être prompts à rendre compte de l’espérance qui est en eux» (1P. 3,15), nous rappelle Francesca Cocchini. Dans les Conciles de Nicée et de Constantinople s’est constitué le «Credo» que nous professons toujours aujourd’hui : «Dans ces Conciles, on déclare que dans la Trinité il n’y a qu’une seule substance, c’est-à-dire une même divinité participant des trois Personnes, toutes les trois distinctes mais égales en «nature, dignité et opérations».
Le Concile d’Éphèse, convoqué par l’empereur Théodose II, a, lui, pour objet de répondre à la question : comment l’humanité et la divinité se trouvent unies dans le Christ ? Ce Concile constitue l’affrontement de deux grandes personnalités de l’Église de l’époque : Cyrille, patriarche d’Alexandrie et Nestorius, patriarche de Constantinople.
«Cyrille répète que dans le Christ «la nature divine compénètre la nature humaine comme fait le feu dans un charbon ardent», explique la théologienne, «il considérait comme unique sujet de l’incarnation le Logos divin, regardant l’humanité qu’il a assumée uniquement comme un instrument passif et obéissant envers sa divinité.
Nestorius affirmait que «Le Logos habitait dans l’homme Jésus comme dans un temple», rapportant le temple au corps humain de Jésus et qu’il n’était pas licite d’attribuer indistinctement aux deux natures, divine et humaine, les propriétés spécifiques

à l’une et à l’autre : elle devaient rester distinctes. C’est pourquoi Nestorius refusait d’attribuer à Marie le titre de Theotokos, «Mère de Dieu», c’est-à-dire de la nature divine du Logos, préférant l’appeler «Mère du Christ», c’est-à-dire Mère de la nature humaine que le Logos divin avait assumée en elle.»
Après avoir montré comment les motifs politiques de préséance des deux sièges de Constantinople et d’Alexandrie rendaient le conflit entre les deux patriarches encore plus exacerbé, Mme Cocchini a conclu cette première partie de sa conférence en parlant du rôle important qu’a joué Théodoret de Cyr dans la rédaction du Symbole d’union: «Nous professons que Notre Seigneur Jésus- Christ, Fils unique de Dieu, est vrai Dieu et vrai homme […]
À cause de cette union, qui est exempte de tout mélange, nous reconnaissons également que la sainte Vierge est mère de Dieu, parce que Dieu, le Logos, devenu chair et homme, s’est adjoint, à partir de la conception, le temple (l’humanité) qu’il a pris d’elle (de la Vierge).»
Puis, un grand saut en arrière dans le temps. Nous voici en train de contempler la scène de la Visitation, épisode raconté par Saint Luc au chapitre 1 de son évangile. Francesca Cocchini est partie de cette affirmation : «Le titre de Theotokos n’était pas nouveau ou plutôt, au fil du temps, il était devenu familier à la communauté des croyants. Mais il ne se trouve pas dans les écritures saintes, même si la réalité qu’il exprime peut certainement être reconnue dans de nombreux passages de l’Ancien et du Nouveau Testament.»
La conférencière, après avoir rappelé l’interprétation traditionnelle de cet épisode, à savoir que Marie se rend chez sa vieille cousine enceinte pour lui venir en aide, nous invite à considérer le commentaire d’Origène, grand exégète du IIIème siècle, qui dit : «Marie est venue rendre visite à Élisabeth pour voir le fruit miraculeux de sa conception et pour y croire, selon les paroles de l’ange.» «Par cet acte de foi, elle aurait renforcé en elle la foi de l’enfant qu’elle portait en son sein. Les paroles d’Élisabeth tendentdoncàconfirmercettefoi.»Eneffet,Élisabeth la reconnaît bienheureuse parce qu’elle a cru !
«De plus, conclut la théologienne, Élisabeth, en saluant Marie, lui dit : «A quoi dois-je que la mère de mon seigneur vienne à moi ?» […] Avec son salut, Élisabeth a proclamé Marie Mère de Dieu. On peut donc dire que c’est dans le salut d’Élisabeth que nous trouvons la première attestation de la maternité divine de Marie : c’est Élisabeth qui, la première, l’a proclamée Theotokos…»
Après cette première conférence et les remerciements chaleureux de l’assemblée et de l’Archevêque, changement de lieu : nous quittons la Basilique du Concile afin de nous rendre au sanctuaire de la Maison de la Vierge et plus spécialement dans une chapelle du sanctuaire pour y vivre la célébration eucharistique, présidée par Mgr Kmetec.
Dans son homélie en trois points, Mgr Kmetec a commencé par situer la foi chrétienne par rapport à la «la foi chrétienne a dû s’exprimer en face des enseignements philosophiques des temps. Mais l’expression de la foi ne reste pas une formule abstraite, car la vérité de la foi est un mystère. La profession de la foi par l’Église est comme le tabernacle, dans lequel est posée l’eucharistie, qui surpasse infiniment ce qu’il représente. La foi est mystère.
La foi s’exprime ensuite en paroles. La conséquence du Concile de 431 qui réfléchi pensée philosophique :sur la vérité et sur l’identité de la Vierge Marie, s’est exprimée par la parole. La parole signifie le dialogue mutuel, et la confirmation réciproque de la foi, comme le font Marie et Élisabeth dans leur rencontre. Le dialogue dans tous les sens du terme est important pour nous aussi, pour notre vie, pour la vie de l’Église.
Enfin, la foi est communion. Le sens du dogme est d’unir dans la Vérité tout ce que nous faisons, le but de cette réflexion sur le Concile d’Éphèse, est de nous unir. Toute la réflexion devrait nous porter vers la construction de l’Église, vers l’unité, vers la vraie communion de la foi.» Ont suivi les agapes fraternelles offertes
Source : Détail de “la Visitation” (Mystère Joyeux), mosaïques de G.D. Facchina dans la basilique Notre Dame du Rosaire à Lourdes.- Patrice THEBAULT/CIRIC
«À partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.»
En cette journée du 7 Octobre, où l’Église catholique latine fête Notre-Dame du Rosaire, le groupe de diocésains et de pèlerins qui s’était retrouvé le matin à la basilique Sainte Marie d’Éphèse autour de Mme Francesca Cocchini, s’est à nouveau réuni avec elle mais, cette fois-ci, dans le sanctuaire de Meryem Ana, pour une deuxième conférence.
La réflexion a porté sur l’Évangile de Saint Jean (19, 25-27) : Jésus confie sa mère au «disciple bien-aimé» et le «disciple bien-aimé» à sa mère. Et la conférencière de rappeler que nous pouvons tous nous identifier à ce disciple bien-aimé : «Par le baptême, nous avons tous répondu à son appel [du Christ] à le suivre et sommes ainsi devenus ses disciples. Non seulement nous pouvons, mais nous devons nous identifier à ce disciple (…) Nous comprenons en fait que, sous la croix, nous ne sommes pas seuls. A nos côtés se tient Marie, la Theotokos, la Mère du Seigneur.» Deux expressions vont ensuite retenir notre attention et notre méditation : «À partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.»
Après un bref parcours des occurrences de ce terme «heure» dans l’ Évangile de Jean, Mme Cocchini nous présente toute la richesse du mot, expliquant qu’il n’a pas une signification temporelle, chronologique, mais théologique. «Aux noces de Cana, Jésus, poussé par sa mère, anticipe «l’heure» de sa glorification. Parce que c’est vraiment cela le sens de l’«heure» dans le IVème Évangile. La glorification de Jésus. Jésus l’a attendue avec un grand désir et a remercié le Père quand son heure est arrivée : «Père – ainsi prie-t-il- l’heure est proche, glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie.» (Jn. 17,1) Jésus est entré dans son «heure» à Pâques, […] et Il va rester dans cette «heure» jusqu’à la conclusion de l’Histoire. C’est une «heure» qui dure le temps que dure l’Histoire et durant cette «heure», c’est-à-dire tout au long de l’Histoire, Jésus invite chaque «disciple bien- aimé», c’est-à-dire chacun de nous, à y entrer pour la parcourir et devenir toujours plus participant du mystère de sa mort et de sa résurrection.»

«Il l’accueillit chez lui», plus exactement «dans sa propre maison.» Pour bien comprendre
Source : sculpture sur bois XXème siècle
cette expression, il faut se reporter au début de l’Évangile de Jean, nous dit en substance Mme Cochini, «quand l’évangéliste écrit que le Logos «vient dans sa propre maison» et qu’à ceux qui l’accueillent, il sera donné de devenir fils de Dieu. […]
Nous sommes donc tous appelés à rejoindre la stature du Fils de Dieu incarné, […] celui qui est Fils de Dieu et Fils de Marie, comme l’a proclamé le Concile d’ Éphèse. Et comme le Fils de Dieu pour devenir Christ, pour s’incarner, a eu besoin de Marie, de même, l’humanité, nous tous, «disciples bien-aimés», après avoir accueilli «dans notre propre maison» le Logos, Fils de Dieu, en recevant ainsi le «pouvoir de devenir fils de Dieu», nous devons accueillir «dans notre propre maison» Marie, la Mère qui peut faire de nous d’«autres Christ». Tant que nous n’avons pas pris Marie «dans notre propre maison», c’est-à- dire dans notre propre existence, nous ne pouvons pas nous définir et être vraiment «Christ».»
Et de conclure que Marie est le dernier don que Jésus nous a fait, pour pouvoir nous sentir ses frères et que s’il l’appelle «Femme», c’est pour mettre en valeur son rôle de mère, mère de l’Église. «C’est le but de l’Église de générer des fils de Dieu. La vocation de générer l’humanité nouvelle est la vocation de tout chrétien. Marie, en sa personne, a généré le Premier-né, le chef du corps qu’est l’Église, et maintenant, dans le temps de l’Histoire, comme une prophétie de l’Église, elle continue à donner la vie aux membres qui constituent ce corps.»
Place ensuite à la méditation personnelle avec deux questions, laissées à notre réflexion par la conférencière :

Nous rendons-nous compte et, surtout, faisons- nous l’expérience d’être «membres» du Christ et «membres» en croissance pour rejoindre sa stature ?
Comment expérimentons-nous dans notre vie quotidienne que c’est Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Église et, partant, que c’est l’Église qui, comme Mère, préserve notre foi, nous nourrit et nous fait croître comme fils de Dieu et frères du Christ ?
Après un moment de partage fraternel, nous avons eu le privilège de prier ensemble le chapelet dans la chapelle de la Vierge en plusieurs langues: turc, italien, anglais, français et slovène.
La journée s’est achevée par un concert en pleinairdevantlachapelle,entièrementdédiéàMarie, donné par une chorale de Slovénie, avec des chants en latin et slovène puis un nouveau repas partagé.
«Le croyant, malgré la faiblesse de son esprit humain, doit continuer à méditer pour pouvoir toujours comprendre le mystère un peu mieux, plus en profondeur, non tant et non seulement comme une doctrine mais plutôt comme une réalité à expérimenter et trouver ainsi dans chaque nouveau contexte culturel, à chaque nouvelle époque, le langage le mieux adapté pour l’annoncer.» F. Cocchini.


Article : Marie-Françoise Desrues Photos : Nathalie Ritzmann

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