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VISITE À IZMIR DE MONSEIGNEUR ÉRIC DE MOULINS-BEAUFORT

PRÉSIDENT DE LA CONFÉRENCE DES ÉVÊQUES DE FRANCE

Dans le cadre de sa visite à Izmir, Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des Évêques de France - dans la dernière année de son deuxième et dernier mandat - et archevêque de Reims,  a. accepté de répondre à nos questions.

Présence : Que nous vaut l’honneur de votre visite à Izmir Monseigneur ?

Mgr Éric de Moulins-Beaufort : Avant tout, une invitation de Mgr Martin, je ne suis pas venu comme ça tout seul. Je l’avais rencontré l’année dernière et il m’avait demandé de venir en Turquie. Il m’a proposé plusieurs dates mais aucune ne convenait. Alors, quand il m’a proposé le 15 août 2024, je me suis dit que je ne pouvais pas toujours refuser. Normalement, à cette date à laquelle je tiens, je suis dans mon diocèse à Reims. La cathédrale de Reims est consacrée à Notre-Dame depuis dit-on même avant le Concile d’Ephèse et il se trouve que j’ai depuis le mois de septembre dernier un évêque auxiliaire qui a accepté d’assurer les célébrations ayant lieu dans le diocèse, ce qui m’a laissé la liberté de venir ici avant de repartir dès le 16 pour rejoindre un pèlerinage diocésain qui se fera à Lourdes.

Présence : Est-ce votre premier voyage en Turquie ?

Mgr Éric de Moulins-Beaufort : Non, pas du tout. À vrai dire, je ne compte plus mes voyages en Turquie. J’ai eu de la chance quand j’avais 15 ans, mes parents m’ont offert un voyage organisé par un prêtre de la paroisse dans laquelle j’étais à Paris, un homme formidable, qui a emmené plus d’une trentaine de gamins que nous étions, tous mineurs, accompagnés d’une religieuse et d’une dame. Nous avons fait un immense parcours en car depuis Paris jusqu’à Thessalonique, Istanbul, Iznik, Ankara, Konya. Puis nous sommes allés le long de la côte et évidemment à Ephèse, après nous sommes remontés. Dans mon souvenir, nous ne sommes pas passés à Izmir parce que nous n’avions plus le temps. Nous avons pu visiter les ruines de Laodicée, Hierapolis, et puis Tlos, Millet, etc et bien entendu nous avons passé du temps à Ephèse, autant dans les ruines de la ville hellénistique qu’à la maison de la Vierge qui est resté pour moi un très grand souvenir je dois dire. Et puis, je suis revenu avec des amis pour visiter différentes parties de la Turquie et nous sommes retournés une fois à la maison de la Vierge et aussi dans les environs. Je suis très très ému de revenir, particulièrement pour la fête de l’Assomption, et de célébrer cette fête dans la maison de Marie qui se trouve ici en me souvenant de ce qu’un prêtre, qui à l’époque devait tenir le sanctuaire, nous avait expliqué sur l’Apocalypse et la description que fait saint Jean de la Vierge couronnée du soleil et ayant la lune sous les pieds.

Présence : Vous savez que nous sommes une petite communauté au niveau de la Turquie qui n’a rien à voir bien sûr avec la communauté en France et que nous sommes composés de 4 branches : les chaldéens, les arméniens, les syriaques et les latins. Qu’auriez-vous envie de nous laisser ou de nous transmettre comme message ?

Mgr Éric de Moulins-Beaufort : Alors, c’est toujours présomptueux en arrivant avec un message, j’ai plutôt envie de recevoir des choses. J’ai conscience d’être ici quand même dans un lieu des origines de la foi chrétienne. On va se le rappeler fortement l’année prochaine avec le 1700ème anniversaire du Concile de Nicée. Quand on est à Ephèse, on pense à saint Paul, à sa lettre et puis à toutes les villes aux alentours, une histoire du passé quand même immense qui a été la matrice de notre civilisation occidentale. Donc, personnellement, quand je viens ici, je me sens très petit, c’est comme quand on va chez les grands-parents. On revient ici à des racines qui sont des sources, c’est évident, mais je sais bien combien tous les heurts et  malheurs de l’histoire qui composent la présence de l’église ici, ce qu’elle a été, ce qu’elle n’est plus, ceux qui y étaient là et qui n’y sont plus, ceux qui sont venus depuis, parce qu’il y a beaucoup de réfugiés venus de pays dans lesquels ils ne peuvent plus vivre aujourd’hui.

C’est une église, comme vous l’avez décrit, avec 4 branches mais on peut aussi ajouter aux catholiques les orthodoxes et les protestants de diverses obédiences. Ce sont donc des communautés qui sont en recomposition, à travers l’histoire, très fortement et c’est ce qui m’a beaucoup impressionné, la trace de tous les mouvements de l’histoire. Il y a aussi les événements géopolitiques, d’autres parfois purement naturels comme le dernier tremblement de terre qui était catastrophique dans cette région et en particulier pour les souvenirs chrétiens (Iskenderun, Antioche). Donc, je viens en ayant un peu tout cela dans la tête et dans le cœur. Il me semble que la période dans laquelle nous sommes est une période qui nous appelle à la persévérance. Moi, je suis très marqué comme évêque en France, et peut être plus spécialement en tant que Président de la Conférence des Évêques en France, je me nourris beaucoup de méditer le verset que saint Paul dans son épître aux Romains reprend au prophète Habacuc qui dit : “Le juste par la foi vivra”, ça veut dire par la fidélité, tenir la fidélité dans des temps qui ne sont pas toujours faciles, dont on ne sait pas très bien vers quoi ils nous conduisent, avec des combats menés qu’on n’est pas très sûrs de gagner. C’est notre lot  aujourd’hui à nous chrétiens, que nous soyons d’ailleurs arméniens, chaldéens, syriaques ou latins, c’est notre lot de la persévérance et il faut croire ce qu’İl ya dans l'épître, c’est à dire le poste qui nous est donné est si beau qu’il ne faut pas le déserter.

Interview et photos : Nathalie Ritzmann